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Entrevue avec Daniel Heikalo

11 mars 2016

Blogue

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L’organisme accueille le 18 mars prochain, le multi-instrumentiste et compositeur Daniel Heikalo en concert. À cette occasion l’artiste a accepté de répondre à quelques questions sur son parcours, son travail et ses inspirations. Un grand merci à Daniel Heikalo de nous faire partager son univers musical envoûtant et créatif.

  • Daniel Heikalo, vous avez joué deux compositions lors du lancement de saison de Maison et jardins Antoine-Lacombe. Quelle a été votre impression sur l’ambiance que dégage la Maison et sur l’acoustique des espaces?

J’ai beaucoup aimé l’acoustique de l’endroit et l’intimité. Ma préférence est toujours de jouer sans amplification si possible, et la Maison est parfaite pour ça.

  • Vous accordez une part importante à l’improvisation. Comment le public, les lieux et votre expérience influencent-ils votre prestation?

Si l’acoustique est bonne et que je peux me concentrer sur mon jeu, ça favorise l’improvisation. Si le public y répond positivement, j’en fais plus, sinon, j’ai des heures de musique composée, d’où puiser une performance.

  • Daniel Heikalo, vous êtes un compositeur aux goûts musicaux éclectiques. Pourriez-vous revenir sur votre parcours professionnel et nous révéler qu’elles ont été les expériences marquantes et vos coups de cœur pour les différents styles de musique que vous affectionnez.

J’ai commencé l’étude de la guitare en 1970. C’était la musique folk et blues qui m’intéressaient le plus à l’époque, mais les sonorités de la musique d’Europe de l’est et du Moyen-Orient étaient déjà dans ma mémoire de par mes écoutes des stations radio à ondes courtes de Russie, d’Égypte, de Grèce et de Turquie. Ayant une oreille très développée, je pouvais trouver les gammes de ces musiques, les rythmes sur mon instrument. J’ai ensuite étudié la guitare classique de façon formelle car je voulais avoir la meilleure formation possible, non pas pour devenir un interprète du répertoire classique, mais pour avoir la technique nécessaire pour l’exécution des musiques que je voulais créer.

J’ai développé rapidement un goût pour les musiques plus exigeantes du free-jazz (Coltrane, Eric Dolphy), les musiques électroniques, découvertes, elles, dès 1967 à l’exposition universelle de Montréal, Expo 67 (Xénakis, au pavillon de la France) suivi de Stauckhausen, Pierre Henry et Pierre Shaeffer, Cage. Toutes ces influences et ma continuelle exploration des musiques de toutes sortes constitue le bagage qui me sert dans mes compositions et improvisations. J’ai fait une étude approfondie des gammes et modes des musiques orientales et indiennes, de la musique arabe.

  • Vous mariez différents styles musicaux et notamment les musiques du monde. Avez-vous réalisé des voyages? Quelles ont été vos sources d’inspiration pour ce style de musique?

En fait non, je n’ai pas voyagé, sauf par les ondes et les bibliothèques. Je suis un lecteur vorace doublé d’une recherchiste affamé! Et j’ai une mémoire pas mal bonne. J’ai souvent l’impression d’être dans le mauvais pays pour une plus grande appréciation de mes musiques, mais des problèmes chroniques de santé, pas mortels mais assez sérieux pour être pris au sérieux, font que voyager est difficile et peut être dangereux pour moi.

Mes principales sources d’inspiration:

Pour la guitare sous toutes ses formes: John Fahey, Julian Bream, John McLaughlin, Villa-Lobos, Leo Kottke, Fred Frith, Bruce Cockburn, Eric Clapton, Jimmy Page, Michel Hedges, Frank Zappa, John Dowland, Bach, Weiss et la musique baroque.

Pour la composition, ça devient difficile car c’est tellement entrelacé… Disons Zappa, Poulenc, Varèse, Steve Reich, Hamza el Din, Harry Partch, John Fahey, Fred Frith, Jean Derome, John McLaughlin, etc.

  • Vos compositions sont très créatives, et envoûtantes. Elles entraînent le public dans un univers, une ambiance originale. Avez-vous déjà composé des musiques de films?

Oui, et des musiques pour le théâtre (Michel Tremblay, Shakespeare, Tchekhov, Peter Shaeffer, autres). J’aimerais beaucoup composer plus pour le cinéma, les documentaires et surtout pour le cinéma d’animation, que j’adore (je parle ici de cinéma d’animation d’art, PAS les choses commerciales). Il y a un grand obstacle à surmonter pour parvenir à créer des musiques pour longs métrages ici au Québec, et c’est que souvent les producteurs veulent du déjà entendu, du réchauffé inspiré de musique de films passés, et ça, ça laisse très peu de place pour quelqu’un qui crée des musiques innovatrices, ou à tout le moins, « non-clichées ». Il y en a qui réussissent à le faire, mais ils sont établis depuis longtemps. C’est un cercle fermé. Pour dire honnêtement, c’est une occasion très rare que l’audition d’une trame sonore de film me touche.

  • Avez-vous collaboré avec d’autres musiciens, ou dans d’autres domaines? Pourriez-vous nous décrire l’un de ces projets?

Souvent. Un des plus beaux projets que j’ai réalisé est un disque de musique intitulé La danse du temps qui mêle électronique, rock progressif et écriture classique rigoureuse avec mon ami Christian Wood, qui demeure maintenant à Portland dans l’Oregon. Nous avons collaboré sur quatre des arrangements, durant de longs mois de totale harmonie. Très rare. Pas de problème d’ego, juste une belle collaboration pour la musique.

Il y aussi mon disque d’improvisation folk progressif avec Hugh Blackmer, l’homme qui a construit mon cistre.

Mais je dirais que la collaboration la plus soutenue, depuis vingt ans, c’est celle du duo d’improvisation libre Arthur Bull-Daniel Heikalo dont l’oeuvre est contenue sur huit disques dont deux sur la prestigieuse étiquette de musique actuelle montréalaise, Ambiances magnétiques. Nous avons trouvé un langage commun en improvisation et avons une telle complicité que nous pouvons nous asseoir avec nos instruments et présenter un concert improvisé même si nous n’avons pas pratiqué ensemble pendant des mois. Je n’ai jamais vécu ça avec un autre artiste, en tout cas pas à ce niveau.

J’ai aussi travaillé avec plusieurs collectifs de nouvelle musique ainsi qu’avec des improvisateurs chevronnés de la scène de la musique actuelle comme Fred Frith, Jean Derome, Pierre Tanguay et bien d’autres.

  • Quels sont les projets sur lesquels vous travaillez en ce moment?

Je travaille à un nouveau disque qui aura la guitare à douze cordes comme principal instrument. Il y a aussi dans l’air un duo, peut-être un trio même, avec un bassiste virtuose de Montréal pour lequel je compose des partitions qui incluent l’improvisation. Les autres projets sont la conception et composition d’un concert pour guitare, instrumentistes lecteurs et improvisateurs variés et trame de musique électroacoustique pré-composée et un projet de composition d’une musique pour le concert dédiée au cistre avec clarinette basse, percussion et vents (saxophones divers, flûtes diverses). Disons que je ne chômerai pas côté composition… mais espérons que ça me tiendra loin de ma carte de crédit. Ça, c’est moins certain.

Daniel Heikalo, 3 mars 2016.

Fans de musique instrumentale, partez à la découverte de possibilités sonores inouïes… Il reste des places pour son spectacle à la Maison le 18 mars prochain!

Laurie Desgrippes, Coordonnatrice

 

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