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Les fougères, directement du Carbonifère

2 octobre 2017

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Il y a 345 millions d’années, le monde des Ptéridophytes (fougères, prêles et lycopodes) dominait le paysage, principalement par la présence des fougères géantes. C’est à cette époque que des couches de charbon se sont formées à partir des végétaux, d’où le nom de «Carbonifère».

Dans l’évolution, les Ptéridophytes sont les premières plantes à posséder des vaisseaux servant à transporter dans toute la plante l’eau et les éléments nutritifs. Ces plantes ont pu alors développer leur structure «racine – tige – feuilles» en hauteur et en largeur. Elles se reproduisent à l’aide de spores, qui sont tout de même différentes des graines que produisent les plantes à fleurs. Les spores se trouvent dans des sacs (sporanges) regroupés ensemble sous forme de sores, facilement visibles sous les segments des frondes (nom donné aux feuilles des fougères). Les frondes contenant les spores sont appelées frondes fructifères ou frondes fertiles tandis que celles qui ne renferment pas de spores sont appelées frondes végétatives ou stériles. La majorité des fougères possèdent des rhizomes (tiges souterraines) qui permettent la multiplication végétative, c’est-à-dire la production d’un plant génétiquement identique au plant mère.

Maintenant que les notions de botanique ont été présentées, allons donc dans le vif du sujet. Deux visites guidées ont eu lieu le samedi 9 septembre dans les jardins Antoine-Lacombe. Le thème de cette visite était «Les plantes indigènes», c’est-à-dire les plantes qui poussent naturellement dans un pays, sans culture et sans intervention humaine. Il en existe près de 80 dans les jardins dont onze fougères. Voici donc brièvement quelques caractéristiques de ces fougères.

La Matteucie fougère-à-l’autruche

La Matteucie fougère-à-l’autruche (Matteuccia struthiopteris) se présente sous forme d’une couronne de frondes végétatives entourant un centre constitué de frondes fructifères, différentes des premières. On la connaît bien par ses crosses comestibles (les crosses étant les jeunes feuilles enroulées juste avant qu’elles ne se déploient). Il faut cependant mentionner que cette fougère fait partie de la liste des plantes vulnérables à la récolte1. Gisèle Lamoureux mentionne d’ailleurs qu’en 1999, plus de 100 000 kg de crosses de cette fougère ont été mises en marché au Québec, et ce, sans aucune règlementation2. Il faut donc réfléchir aux impacts de ce commerce qui menace cette fougère. De plus, près de 30 000 couronnes (plants) ont été cueillies en 1998 par trois commerçants-grossistes à des fins de vente. Encore ici, il est important de poser les questions aux commerçants de plantes indigènes afin de connaître leur pratique quant à la provenance de leurs plantes. Son habitat naturel : lieux humides, forêts humides, lieux inondés au printemps, bords des cours d’eau.

L’Onoclée sensible

L’Onoclée sensible (Onoclea sensibilis) se démarque par sa forme originale unique chez nos fougères. Elle est une des rares fougères modernes que l’on connaisse à l’état fossile. C’est donc dire qu’elle a su survivre au cours de nombreuses années. Au printemps apparaissent les frondes végétatives et à l’automne, on pourra observer les frondes fructifères différentes des frondes végétatives. Son habitat naturel : partout dans les lieux humides, taillis et forêts humides, berges de rivières, marécages, pâturages.

 

 

L’Osmonde royale

L’Osmonde royale (Osmunda regalis) est l’une de mes fougères préférées. Elle est remarquable, car elle ne ressemble à aucune autre de nos fougères. Ses frondes sont très grandes. Certaines ne sont que stériles (entièrement vertes) et d’autres sont en partie stériles et en partie fertiles. Les parties fertiles se situent au bout des segments verts. Son habitat naturel : bois et taillis humides, inondés, cédrières, sols tourbeux.

L’Athyrie fougère-femelle

L’Athyrie fougère-femelle (Athyrium filix-femina) a une forme bien caractéristique des fougères. Ses frondes sont finement découpées et portent sur le dessous des sores allongés en forme de virgule. Elle se plaît dans un sol constamment humide. Son habitat naturel : bois humides, clairières.

 

L’Osmonde cannelle

L’Osmonde cannelle (Osmunda cinnamomea) nous offre une couronne de frondes vertes avec, au centre une ou plusieurs frondes fructifères. Ces dernières arborent la couleur de la cannelle, d’où son nom. Les couronnes de cette fougère peuvent être disposées en rond qu’on appelle «ronds de sorcière». Elle n’est pas la seule fougère à se disperser de la sorte. C’est une fougère de grande taille. Son habitat naturel : bois, marais, tourbières et pâturages.

La Phégoptère du hêtre

La Phégoptère du hêtre (Phegopteris connectilis syn.Thelypteris phegopteris syn. Dryopteris phegopteris) a connu plusieurs noms avant d’arriver à être une Phegopteris. Cette fougère de taille moins volumineuse ne possède qu’un seul type de fronde. Les sores sont situés sous les segments. Sa forme est caractéristique : elle est triangulaire, à sommet effilé et ses deux derniers segments de la base sont orientés vers le bas, d’où son nom commun de fougère-à-moustache. Malgré son nom, elle n’est pas nécessairement associée au hêtre. Son habitat : bois rocheux, de feuillus, mixtes ou de conifères.

 

La Dryoptère à sores marginaux

La Dryoptère à sores marginaux (Dryopteris marginalis) était dans toute sa splendeur lors des visites guidées et a suscité un vif intérêt. Son nom le dit bien : les sores sont situés très près de la marge des segments, sur le dessous des frondes. Fait intéressant : les frondes persistent tout l’hiver. C’est une fougère au port très vigoureux. Son habitat naturel : endroits plus secs dans les bois.

La Dryoptère spinuleuse

La Dryoptère spinuleuse (Dryopteris carthusiana syn. D. spinulosa) porte des frondes arquées aux segments à dents épineuses; les épines qui terminent chaque dent des segments se nomment spinules. Elle ressemble à l’image que l’on se fait d’une fougère et elle est d’ailleurs utilisée en fleuristerie. Son habitat naturel : bois riches.

 

Le Polystic faux-acrostic

Le Polystic faux-acrostic (Polystichum acrostichoides) possède lui aussi des frondes persistant l’hiver. On peut facilement remarquer la texture ferme du limbe. Les segments sont généralement auriculés (pourvus à la base d’un prolongement) et sont munis de dents épineuses. Les sores situés sous les segments recouvrent presque toute la surface. Son habitat naturel : bois montueux.

La Thélyptère de New York

La Thélyptère de New York (Thelypteris noveboracensis syn. Dryopteris) porte des frondes qui sont nettement élargies au centre. Les deux extrémités des frondes sont donc rétrécies. Les sores sont situés sous les frondes, très près de la marge du limbe, et sont plutôt absents des segments situés au sommet. Son habitat naturel : en colonies serrées dans les pâturages humides.

 

 

 

La Gymnocarpe fougère-du-chêne

Le Gymnocarpe fougère-du-chêne (Gymnocarpium dryopteris syn. Dryopteris disjuncta) est une fougère de petite taille. La fronde en forme de triangle est elle-même séparée en trois triangles plus petits. Malgré son nom, il ne pousse pas particulièrement sous les chênes, mais préfère davantage les forêts dominées par le bouleau jaune. Son habitat naturel : bois rocheux.

Enfin, si vous êtes fascinés par le monde des fougères, Gisèle Lamoureux et ses collaborateurs ont produit un guide d’identification Fleurbec intitulé «Fougères, prêles et lycopodes» qui vous aidera à identifier et à connaître les espèces les plus fréquemment observées et celles qui sont plus rares. Madame Lamoureux est une botaniste-photographe qui est reconnue dans la communauté scientifique et qui se dévoue depuis de nombreuses années dans la vulgarisation afin de permettre aux gens d’apprécier la flore qui nous entoure.

Profitez d’une visite dans les jardins de la Maison Antoine-Lacombe pour remarquer la beauté et la diversité des fougères ainsi que leur intégration réussie dans les aménagements, principalement dans les secteurs à couvert forestier. Vous trouverez sûrement une fougère indigène ou un cultivar qui vous plaira. Sachez qu’un sol riche et humide convient bien à la majorité des fougères.

Bonne découverte!

Nicole Gagnon
Horticultrice

Références :

Frère Marie-Victorin. 1964. Flore Laurentienne. Les Presses de l’Université de Montréal, Montréal, Québec. 2e édition.

Lamoureux, Gisèle. 2002. Flore printanière. Collaboration à la photographie : R. Larose. Fleurbec éditeur, Saint-Henri-de-Lévis, Québec.

Fleurbec. 1993. Fougères, prêles et lycopodes. Fleurbec éditeur, Saint-Henri-de-Lévis, Québec.

Base de données des plantes vasculaires du Canadan (VASCAN) –  Canadensys données : http://data.canadensys.net/vascan/search

Notes :

  1. Espèces menacées ou vulnérables au Québec http://www.mddelcc.gouv.qc.ca/biodiversite/especes/
  2. Lamoureux, Gisèle. 2002. Flore printanière. Collaboration à la photographie : R. Larose. Fleurbec éditeur, Saint-Henri-de-Lévis, Québec, p. 396.
  3. Idem.

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